Mwazulu Diyabanza: cinq choses à savoir sur l'activiste panafricain jugé à Paris

  • Rose-Marie Bouboutou
  • Broadcast Journalist
Mwazulu Diyabanza

Crédit photo, Twitter

Emery Mwazulu Diyabanza, un militant congolais et quatre autres personnes ont été jugés en France pour avoir tenté de voler un objet africain dans un musée.

Il a déclaré sur les médias sociaux qu'il était venu réclamer les biens volés à l'Afrique.

Mais qui est-il, que lui reproche-t-on et quelles sont ses motivations?

Les cinq personnes, jugées mardi, sont accusées de tentative de vol d'une œuvre d'art enregistrée.

Les procureurs ont demandé une amende de 1 000 € (907 £) pour M. Diyabanza et de 500 € chacun pour ses complices présumés.

M. Diyabanza aurait mené des actions similaires dans les musées de Marseille et de Berg en Dal aux Pays-Bas.

Après son arrestation en juin, M. Diyabanza, 41 ans, a poursuivi l'État français en l'accusant de "vol et recel de biens d'État".

Il critique la lenteur avec laquelle le gouvernement français restitue les objets d'art aux nations africaines.

Voici cinq questions pour tout comprendre.

Qui est Mwazulu Diyabanza ?

Mwazulu Diyabanza est âgé 42 ans. Originaire de la République démocratique du Congo, il réside en France et partage son temps entre l'hexagone et le Togo. Le leader du mouvement panafricain Unité, dignité et courage (UDC), milite contre le franc CFA, les "biens mal acquis" et la restitution des œuvres d'art africaines.

Pourquoi est-t-il jugé ?

Crédit photo, AFP

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Mwazulu Diyabanza

Le vendredi 12 juin Mwazulu Diyabanza et d'autres militants de l'UDC prennent - lors d'une action diffusée en direct sur Facebook - un poteau funéraire du 19ème siècle appartenant au peuple Bari du Tchad au musée du Quai Branly - Jacques Chirac situé dans le 7ème arrondissement de Paris en France.

Environ 70 000 objets provenant d'Afrique subsaharienne sont conservés dans ce musée.

Arrêté le soir même, Mwazulu Diyabanza a été libéré après 3 jours de garde à vue au Commissariat du 7ème arrondissement. La police française a récupéré l'œuvre d'art.

Ce 30 septembre, il sera jugé devant le tribunal correctionnel de Paris pour « tentative de vol en réunion d'un objet mobile classé ». Il risque 10 ans de prison et 50 000 euros (32,8 millions) d'amende.

De son côté Mwazulu Diyabanza a déposé plainte au commissariat du 7ème arrondissement contre l'État français le 30 juin pour « vol et recel ».

"Nous voulons démontrer sur le plan pénal que les œuvres sont pillées par des actes condamnables, restituer la vérité historique et dire à l'humanité qu'au nom de l'éthique, on ne peut donner raison à un voleur, pilleur et prévaricateur", déclare Mwazulu Diyabanza joint par la BBC.

"Les musées ont pris de décisions au moment de l'acquisition de ces œuvres. Nous voulons aussi déposer une plainte administrative pour annuler le titre de propriété dont dispose le musée du quai Branly", ajoute-t-il.

Est-ce sa seule action visant les musées ?

Crédit photo, https://www.mwazuludiyabanza-official.com/

Après son coup d'éclat au musée du Quai Branly, Mwazulu Diyabanza a récidivé le 30 juillet à Marseille, en tentant d'emporter une épée en ivoire du Musée des arts ­africains, océaniens et amérindiens de la cité phocéenne. Il sera jugé pour cette action au courant du mois de novembre à Marseille.

Le 10 septembre dernier, il a également essayé de récupérer une statuette originaire du Congolaise exposée à l'Afrika Museum de Berg en Dal, aux Pays-Bas. Arrêté par la police, il a été relâché au bout de huit heures de garde à vue.

Pourquoi ces actions coup-de-poing dans les musées ?

Le président français Emmanuel Macron promet dans un discours à l'université de Ouagadougou, le 28 novembre 2017, de restituer aux pays africains les œuvres d'art originaires d'Afrique conservées dans les musées nationaux français.

En Novembre 2018, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy ont rendu, à la demande de l'Etat français, leur rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain sous-titré "Vers une nouvelle éthique relationnelle". Les deux universitaires recommandaient de restituer tous les objets pris de force, ou présumés acquis dans des conditions inéquitables, ou à la demande de leurs pays d'origine.

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Environ 90 000 objets d'arts provenant d'Afrique subsaharienne seraient exposés ou entreposés dans les musées publics français mais seules 27 restitutions ont été annoncées pour le moment et un unique objet a été effectivement rendu. Le sabre d' Omar Saïdou Tall, fondateur de l'empire toucouleur, qui faisait partie des collections du Musée de l'armée à Paris a été rendu au Sénégal le 17 novembre 2019.

"Ce n'est pas au prévaricateur ou si j'ose dire au voleur de pouvoir prendre l'initiative du moment où il doit rendre ce qu'il nous a pris de manière injuste et quelles sont les pièces qu'il décide de restituer. Tout a été pillé de 1880 à 1960, durant la période de l'hyper colonialisme dans une vaste opération de vol et de pillage, juste après que l'Afrique a subi l'un des plus grands crime contre l'humanité : la période de l'esclavage", dit Mwazulu Diyabanza.

"Notre démarche n'est pas seulement la restitution des œuvres mais la manière dont elles doivent restituées, nous voulons effacer l'humiliation, les actes de violence et de barbarie, par des actes de dignité et de courage. Notre acte est de la 'diplomatie active' qui a permis de bouger les lignes jusqu'au plus haut sommet", affirme-t-il.

A quoi faut-il s'attendre à l'avenir ?

Mwazulu Diyabanza déclare qu'il est en train de solliciter le soutien de certains gouvernements africains, ainsi que des différentes familles royales qui sont les héritiers dynastiques des œuvres exposées dans les musées européens.

Il pense également à demander des réparations. Selon lui elle doit recouvrir trois aspects.

"La réparation doit impliquer la réparation historique c'est à dire la restitution, les nations européennes doivent restituer la vérité historique pour que l'on sache qui a fait quoi et comment cela s'est déroulé. La réparation doit être juridique avec l'élaboration de documents qui vont définir la nature des crimes qui ont été perpétrés et qui sont les criminels. Cette restitution sera aussi financière car en plus de la restitution de nos œuvres nous demandons aussi celle de toutes les informations que les nations occidentales ont pu récolter auprès de nos ancêtres et toute la manne financière ramassée par les musées occidentaux avec notre propriété intellectuelle soit restituées aux Etats africains et aux différentes familles royales", explique-t-il.