"Succes story" africaine

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SoleRebels veut devenir un "Nike africain".

Le développement durable a trouvé chaussure à son pied en Ethiopie. SoleRebels exporte ses chaussures en pneu recyclé dans le monde entier.

"Nous sommes confiants. SoleRebels a le potentiel pour devenir une sorte de Timberland, Adidas ou Nike africain ".

Bethlehem Tilahun Alamu ne manque pas d’ambition. Cette jeune éthiopienne de 32 ans dirige SoleRebels, une entreprise spécialisée dans l’exportation de chaussures fabriquées artisanalement.

SoleRebels doit son ascension à la fois aux idées novatrices de sa fondatrice et à son respect des normes environnementales.

L’entreprise exporte notamment vers les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Japon une gamme variée de produits allant de tongs jusqu’aux mocassins, en passant par des chaussures bateau.

Les semelles sont fabriquées à partir de pneus recyclés.

Rebelle chic

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La patronne de SoleRebels emploie 75 personnes à Addis-Abeba.

"Nous sommes à Addis-Abeba, mais nous opérons comme une compagnie américaine, " déclare Bethlehem Tilahum Alamu.

Cette ancienne comptable s’est lancée dans l’aventure de SoleRebels en 2004, avec les moyens du bord.

L’entreprise doit son nom au genre de chaussures portées par des rebelles dans un passé relativement récent en Ethiopie.

" Quand j’étais jeune, nous étions en guerre. Et les rebelles qui portaient des sandales fabriquées avec des résidus de pneus usagés donnaient de l’espoir à la population, " se remémore la jeune femme.

L’Ethiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, après le Nigeria, avec une population de plus de 80 millions d’habitants.

L’Ethiopie a connu des cycles de sécheresse et de famine.

Un putsch s’est produit en 1991, chassant du pouvoir le colonel Mengistu Haïlé Mariam, connu pour sa cruauté.

Dans les années 90, une sanglante guerre a opposé ce pays à l’Erythrée, faisant plus de 80.000 morts.

Cette combinaison de facteurs a exacerbé les problèmes économiques de ce pays qui est l’un des plus pauvres du continent.

C’est dans un contexte socio-économique particulièrement difficile que SoleRebels a progressivement pris son envol pour devenir aujourd’hui une solide référence dans la Corne de l’Afrique.

Son essor est d’autant plus remarquable que les banques éthiopiennes accompagnent rarement les entrepreneurs en herbe, en quête de financements pour leurs projets.

En vente sur le site d'Amazon

Dans la vie de cette jeune société, le tournant a sans doute été la conclusion d’un accord avec Amazon, une entreprise spécialisée dans la vente en ligne à travers le monde.

En effet, à la faveur de cet accord, des chaussures fabriquées dans un atelier situé à la périphérie d’Addis-Abeba parviennent ainsi à se glisser dans des rayons de magasins de plusieurs pays étrangers.

Nombreuses sont aujourd’hui des enseignes prestigieuses qui vendent des produits estampillés SoleRebels.

Ses produits se vendent aussi en Afrique, notamment dans son magasin phare d’Addis-Abeba.

Le groupe prévoit d’ouvrir des magasins en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria, et au Ghana au cours des prochains mois.

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Les employés de SoleRebels viennent souvent de milieux défavorisés.

L’entreprise affichera cette année un chiffre d’affaire de 2 millions de dollars, et ambitionne de multiplier le chiffre d’affaire par 5 d’ici a 2015.

Elle emploie 75 personnes à plein temps et 120 autres à temps partiel, essentiellement des habitants de la région.

Un employeur local précieux

"Nous employons des gens sans expérience mais talentueux, parfois de milieux très défavorisés, nous les formons a nos méthodes d’artisanat et nous les récompensons financièrement ".

Pour l’heure, SoleRebels produit jusqu’à 800 paires de chaussures par jour, dont les prix varient entre 35 et 95 dollars sur le marché international.

Bethlehem Tilahun Alemu affirme que son modèle économique, qui mise essentiellement sur internet, lui permet de comprendre les besoins du marché en temps réel.

En mai 2012, elle a reçu le prix de « l’entrepreneur de l’année » décerné par la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social. Une première pour un entrepreneur de nationalité éthiopienne.

Son dossier a été sélectionné notamment par l’économiste bangladais Muhammad Yusuf, prix Nobel de la paix et père du micro-crédit, le compositeur et arrangeur américain Quincy Jones, ainsi que d’autres personnalités de la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social dont le siège se trouve à Genève.

Le succès de SoleRebels tord le cou à un chapelet d’idées reçues sur l’Ethiopie.

Bethlehem Tilahun Alemu ne s’endort cependant pas sur ses lauriers : elle est déterminée à poursuivre cette aventure.