L'Ethiopie accusée de déplacements forcés

Le gouvernement éthiopien déplace par la force des dizaines de milliers de personnes au profit de plantations de sucre, selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch.

Les plantations de sucre dans la vallée de l'Omo en Ethiopie, où HRW accuse le gouvernement de déplacer de force des populations.
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Les plantations de sucre dans la vallée de l'Omo en Ethiopie, où HRW accuse le gouvernement de déplacer de force des populations.

Les déplacements forcés ont lieu dans le sud du pays, dans la vallée de l’Omo.

Le gouvernement éthiopien réfute ces accusations, et assure que tout déplacement d’habitants est fait sur la base du volontariat.

Faux, réplique Human Rights Watch, qui a visité la région et constaté que les forces gouvernementales utilisent la violence et l’intimidation pour chasser des habitants de leur terres.

Dans son rapport, HRW explique que “des représentants du gouvernement ont procédé à des arrestations arbitraires, à des détentions, des passages à tabac et à d'autres types de violence contre les habitants du sud de la vallée de l'Omo qui remettent en question les plans de développement ou qui s'y opposent”.

HRW ajoute que “les soldats volent ou tuent aussi régulièrement le bétail”, et que les “soldats expliquent aux populations qu’elles n’auront plus accès à la rivière".

Selon un porte-parole du gouvernement, “il n’y a pas de déplacements forcés, et s’il est nécessaire de déplacer des habitants, cela se fait sur base d’un dialogue ouvert avec la population.”.

Barrage géant

La vallée de l’Omo, un site classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’Humanité, est également le site d’un barrage controversé.

Les plantations de sucre seront irriguées par ce barrage, baptisé Gibe III, qui deviendra le plus grand d’Afrique et le quatrième au monde.

Selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et de l’environnement, le barrage va mettre en péril le mode de vie traditionnel des populations locales, qui utilisent les crues de l’Omo comme méthode de culture.

HWR a publié des cartes du gouvernement éthiopien, jusqu’ici restées secrètes, qui décrivent les projets des plantations de sucre sur 250.000 hectares.

Ces cartes montrent des raffineries, des canaux d’irrigation et de vastes étendues réservées à l’agriculture commerciale.

Selon le rapport, un demi-million de personnes pourraient être affectées, en Ethiopie et au Kenya voisin.

Le gouvernement éthiopien affirme que le projet est indispensable pour le développement du pays et afin d’assurer ses besoins en énergie.

De nombreux autres pays d’Afrique réservent de vastes étendues pour l’agriculture commerciale, souvent louées à des étrangers pour l’exportation.

Des communautés, déjà marginalisées et appauvries, sont chassées de terres où elles ont subsisté pendant des siècles.