Conflit en RDC: questions/réponses

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Image caption Des soldats des FARDC dans l'est de la RDC.

La République démocratique du Congo se remet lentement d’un conflit considéré comme la Première Guerre mondiale africaine, qui a conduit à la perte de 5 millions de vies entre 1994 et 2003. Beaucoup de pays de l’Est du continent sont toujours touchés par la violence, alors que différents groupes rebelles y poursuivent leurs opérations.

Quel était l’objet du combat ?

La RD Congo est très riche et extrêmement vaste. Sa surface est comparable à la taille de l’Europe de l’Ouest, et la terre regorge de diamants, d’or, de cuivre, de cobalt et de zinc.

Le pays possède également du coltan, qui est utilisé dans les téléphones portables et autres gadgets électroniques, et de la cassitérite, que l’on trouve dans les emballages alimentaires.

Malheureusement pour la population de la RD Congo, ces ressources ont rarement été exploitées à leur bénéfice.

Ce vaste pays a seulement quelques routes et voies de chemin de fer, les systèmes de santé et d’éducation sont désastreux.

Paradoxalement, les richesses naturelles ont attiré des aventuriers avides, des corporations peu scrupuleuses, des seigneurs de guerre vicieux et des gouvernements corrompus. Cela a divisé la population et mis en compétition les différents groupes ethniques.

Au début du XXe siècle, les forces belges sont arrivées et ont mis en esclavage des millions de gens, tandis que le Roi Leopold régnait sur le Congo comme sur son fief personnel, en Belgique.

Au cours de la lutte douloureuse pour l’indépendance dans les années 60, ce vaste territoire s’est presque désintégré sous le coup des luttes interrégionales.

En 1965 Joseph Mobutu prend le pouvoir en écrasant les rébellions internes et en unifiant le pays. Il change finalement le nom de Congo pour l’appeler Zaïre.

Mais Mobutu a vite été séduit par l’argent et une fois qu’il a contrôlé la plus grande partie du pays et gagné un niveau acceptable de stabilité et de prospérité, il a commencé à user des ressources nationales pour une seule et unique chose – s’assurer qu’il resterait au pouvoir.

Plus il restait au pouvoir, plus il pillait, et le pays a peu à peu échappé à son contrôle.

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Image caption Un enfant congolais réfugié retourne à Bunagana après avoir fui en Ouganda.

Le génocide de 1994 au Rwanda voisin a précipité sa chute et contribué à plonger la RD Congo dans le conflit le plus meurtrier dans l’histoire de l’Afrique.

Pourquoi le génocide rwandais a tant affecté la RDC ?

Les frontières à l’est du Congo sont poreuses.

Après la chute du régime génocidaire hutu rwandais, plus de deux millions de Hutus auraient fui au Congo par peur de représailles du nouveau gouvernement tutsi.

Parmi ces réfugiés il y avait beaucoup de miliciens responsables du génocide. Ils se sont très vite alliés au gouvernement Mobutu et ont commencé à attaquer les considérables populations tutsies qui vivaient là depuis des générations.

Le gouvernement tutsi du Rwanda a commencé à supporter des milices rivales, en combattant et les milices hutues et les troupes gouvernementales congolaises.

Les milices Tutsi, alliées à d’autres groupes locaux soutenus par l’Ouganda, finirent par marcher sur Kinshasa et renverser Mobutu.

Ils ont installé Laurent Kabila au poste de président et redonné son nom au pays, le Zaïre redevenait la RD Congo.

Mais Kabila a échoué à expulser les milices Hutus et le Rwanda, qui l’avait installé au pouvoir, a vite envoyé une nouvelle force pour le renverser.

Kabila a demandé l’aide du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Angola et pendant les cinq années qui ont suivi tous les pays voisins ont livré une guerre par procuration sur la terre congolaise.

Toutes les parties étaient accusées de couvrir la guerre pour piller les richesses du Congo.

Plus de cinq millions de personnes sont mortes de cette guerre et de ses conséquences – majoritairement de faim ou de maladies.

Bien que la guerre a officiellement pris fin en 2003, l’est du pays continue à être instable.

Est-ce que la RD Congo a établi une certaine forme de paix ?

La plus grande partie du pays est maintenant en paix et le gouvernement central a lentement repris le contrôle.

La République démocratique du Congo a même commencé à bien porter son nom puisque les premières élections démocratiques en plusieurs dizaines d’années ont eu lieu et vu le dernier fils de Laurent Kabila, Joseph, être élu comme nouveau président.

Mais une guerre par procuration entre le Rwanda et le gouvernement de Kinshasa a continué dans l’Est jusqu’à la fin 2008.

Le Seigneur de guerre, le général Tutsi Laurent Nkunda – que la plupart des analystes disent qu’il a été soutenu par le Rwanda – a engagé une campagne pour éliminer les rebelles Hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Il a accusé le gouvernement de supporter les FDLR.

Un changement est intervenu dans le conflit vers la fin 2008 quand le Rwanda et la RD Congo ont joint leurs forces pour combattre les FDLR dans les provinces du Nord et du Sud Kivu.

Parce qu’il faisait partie de l’accord, le Général Nkunda a été exfiltré du Congo et placé en résidence surveillée au Rwanda, où il est aujourd’hui.

Mais le conflit a continué avec la même violence et les troupes du gouvernement congolais, supportées par des milliers de Casques bleus de l’ONU, ont échoué à stopper les rebelles du FDLR.

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Image caption Des Casques bleus de la Monusco à Goma.

Des rapports de viols de masse, de massacres et d’autres atrocités commis par les rebelles et les troupes gouvernementales continuent de nous parvenir.

Que fait l’ONU ?

La mission de paix de l’ONU est en RD Congo depuis 10 ans.

C’était même la plus grande force de paix au monde à un certain moment, avec 20 000 éléments sur le terrain.

L’ONU est mandatée pour protéger les civils, mais aussi pour aider à la reconstruction du pays.

Mais comme les combats dans l’Est se sont poursuivis, les allégeances et les intentions des acteurs principaux sont devenues incroyablement opaques.

Les seigneurs de guerre ont été intégrés dans l’armée, mais sont largement accusés de commettre des atrocités et de commander leurs propres milices.

Le commandement de l’armée a été accusé de soutenir les FDLR – ces mêmes rebelles qu’elle est censée combattre.

Les associations pour les droits humains disent que l’armée et les FDLR travaillent ensemble à l’exploitation des mines.

Selon Human Rights Watch, l’ONU risque de devenir complice des atrocités commises contre les civils.

Selon un rapport commandé à des experts en novembre 2009 par l’ONU, l’engagement des Nations Unies n’a rien fait pour contenir les violences, les rebelles continuent à tuer et à piller les ressources naturelles en toute impunité ; et toujours selon le rapport les rebelles seraient soutenus par un réseau criminel international opérant en Afrique, en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord.

Les troupes de maintien de la paix continuent à livrer des efforts pour stopper les FDLR, mais les associations bien informées soulignent qu’il sera impossible de se débarrasser des FDLR sans se débarrasser de ceux qui les supportent.

En août 2010, la force des Nations Unies a subi encore plus de critiques pour ne pas avoir fait quoi que ce soit pour empêcher le viol de plus de 150 femmes et d’enfants à quelques kilomètres de leur base de Luvungi, l’ONU se défendant d’avoir entendu parler de ces exactions seulement dix jours après.

Le gouvernement congolais a déclaré vouloir que les forces des Nations Unies quittent le pays, en se disant désormais capable de maintenir la loi et l’ordre au sein de ses frontières.

Comme pour refléter ce changement de statut, la force de l’ONU a changé son nom en Mission d’Organisation des Nations unies en RD Congo – connu sous son acronyme français Monuc – en opération de stabilisation des Nations Unies – la Monusco.

(Texte: Francois Rihouay)