Entretien BBC: François Bozizé

Image caption François Bozizé

Le président centrafricain est attendu cette semaine à Libreville où se tiennent des pourparlers avec la rebellion. Notre envoyé spécial à Bangui, Mamadou Moussa Ba l'a rencontré.

Mamadou Moussa Ba: Il y a une partition de fait du pays. Vous allez à Libreville. Est-ce que vous n’avez pas l’impression que vous allez négocier en position de faiblesse?

François Bozizé: En position de faiblesse? Non. Nous avons le peuple avec nous. C’est déjà un atout important. Ceux qui viennent sont des étrangers. Tôt ou tard le peuple se soulèvera contre eux. Le porte-parole (des rebelles) Eric Neris est étranger. Qu'est-ce qu’il vient faire en République centrafricaine pour se dire porte-parole? Vous croyez que le peuple va accepter cela? Pour le moment, la surprise a gagné, mais avec le temps la riposte se fera.

MMB: Les rebelles exigent votre départ du pouvoir. Est-ce qu’à un moment vous allez vous assoir et dire ‘pour l'intérêt du pays, je vais accepter, pour sauver mon pays du chaos’?

FB: Non. Pourquoi? C’est trahir mon pays. C’est trahir le peuple qui m’a élu. C’est la seule raison que je peux vous donner. Les forces de la CEEAC sont surplace. Nous verrons ce qu’ils feront. Les forces africaines sont là. Nous verrons ce qu’elles feront. C’est la défense de la démocratie. C’est la défense de la Constitution. Ne pas le faire signifie que nous rentrons dans la loi de la jungle. A partir de là, c’est le chaos. Chaos pour la République centrafricaine en premier lieu, et peut-être chaos pour les autres états par la suite. Puisque nous avons accepté cela, croyez-moi que cela va s'étendre ailleurs.

MMB: Vous avez parlé de djihadistes dans les rangs de la rébellion. Est-ce pour mobiliser la communauté internationale, quand Paris a dit non et que les Etats-Unis ont fait la sourde oreille pour venir à votre secours?

FB: Je n’ai pas prononcé le mot de djihadistes, vous avez écouté ça d’autres personnes. Mais nous savons que le Séléka est composé de beaucoup d’étrangers, Janjaweed et autres, de toutes couleurs, Toroboro et autres. Mais le temps viendra où nous pourrons mieux nous prononcer sur cette question, dans la mesure où nous sommes coupés par rapport à l'arrière de l’ennemi, pour connaître exactement la vérité.

MMB: Vous avez des preuves?

FFB: Oui, puisqu’à l'arrière il y a quand même des gens qui ont le téléphone mobile et qui nous contactent.

MMB: Selon nos informations, dans la région de Vacaga à la frontière avec le Soudan, les Chinois auraient commencé à faire de la prospection de pétrole, et vous parliez tout à l’heure de l’odeur du pétrole qui serait le moteur de ce conflit. Est-ce que ce sont les grandes puissances qui sont derrière tout cela?

FB: Pour le moment je me limite d’abord aux opérateurs économiques. Je me limite à cela. Ce sont les informations qui nous parviennent.

MMB: En tant que chef suprême des armées, vous avez des regrets lorsque vous regardez la situation des FACA, le forces armées centrafricaines, est-ce que vous vous dites que vous auriez pu leur donner les moyens nécessaires pour éviter l’avancée des rebelles?

FB: Notre armée était parmi les meilleures l'Afrique centrale. Mais dans toute opération militaire il y a la surprise, et lorsqu’on est surpris, il y a des moments où des situations de ce genre se dessinent. Mais ce n’est pas encore la fin. De Gaule disait: ‘j’ai perdu une bataille mais je n’ai pas perdu la guerre’, donc le temps viendra...

MMB: Eric Massi, aujourd’hui porte-parole de la rébellion, est le fils de Charles Massi. Quand aura-t-on des informations sur la disparition de Charles Massi?

FB: Charles Massi était ministre d’Etat, deuxième personnalité du gouvernement après le Premier ministre. Il nous a quitté en disant qu’il allait voir sa famille en France. Quelque semaines après il revendique une opération vers Ndélé si je ne me trompe pas où il y a eu des morts, des officiers qui sont mort, des officiers supérieurs, officiers subalternes et des soldats. Il a revendiqué cela. Après, c’est le grand silence. Sa femme est venue ici. Nous n’avons rien compris. C’est tout jusqu’à maintenant.