Libye: une militante et avocate tuée

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Image caption Elle avait beaucoup critiqué Mouammar Kadhafi en 2011.

Une militante et avocate des droits de l'homme libyenne a été assassinée à son domicile de Benghazi. Des hommes armés sont entrés à l’intérieur de la maison de Salwa Bughaighis avant de lui tirer dessus.

Mme Bughaighis critiquait violemment la plupart des groupes armés qui contrôlent encore une grande partie de la Libye. Son mari Issam a disparu, et leur famille pense qu'il a été enlevé.

L'assassinat est le dernier d'une série d'attaques contre des politiciens, des activistes et des journalistes qui se sont prononcés contre les actions de certaines milices.

Mme Bughaighis a été tuée quelques heures après avoir voté aux élections législatives. Une source médicale à l'hôpital de Benghazi a confirmé qu'elle était morte d'une blessure par balle à la tête. Un témoin oculaire a affirmé qu'elle avait été attaquée par cinq hommes armés, dont quatre étaient masqués.

Elle avait également beaucoup critiqué Mouammar Kadhafi et s’était joint à certaines des premières manifestations contre lui en 2011. Elle est devenue plus tard une conseillère du Conseil national de transition de Libye, qui a gouverné le pays pendant et directement après le soulèvement. Elle laisse derrière elle trois fils.

L'ambassadrice américaine en Libye, Deborah Jones, a déclaré que le meurtre était "bouleversant". Elle l’a décrit comme un "honteux, lâche et ignoble acte contre une femme courageuse, une vraie patriote libyenne".

Plus tôt cette semaine, un candidat aux élections parlementaires dans la ville méridionale de Sabha a aussi été assassiné, selon les médias locaux.

La Libye souffre beaucoup de l'instabilité et de la violence depuis la chute de Kadhafi en 2011. Le gouvernement a du mal à désarmer les divers groupes armés qui ont survécu à la guerre.

Analyse: Rana Jawad, BBC News, Tripoli

Ce n'est pas seulement la famille et les amis de Salwa Bughaighis qui sont son deuil, mais de nombreuses personnes dans toute la Libye.

En 2011, lors des premiers jours de l'insurrection contre le colonel Kadhafi, elle était l'une des rares à me renseigner, jour après jour, sur la répression meurtrière contre les manifestants.

Elle, et d'autres avocats et militants, ont bravé le danger des rues pour protester contre la répression violente. Dernièrement, elle a été fortement impliquée dans la mise en place d’un dialogue national autour des nombreux problèmes de la Libye.

En tant que civile et en tant que militante des droits de la femme, elle ne mâchait pas ses mots – parlant souvent crûment des dangers créés par les groupes islamistes et des échecs depuis le renversement de Kadhafi. En tant que juriste, elle parlait souvent de la nécessité urgente de la primauté du droit.

Ceux qui l'ont connu et qui ont travaillé avec elle ont également réfléchi sur le contexte des meurtres continus de Benghazi jusqu'ici impunis.

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