Au Faso, "on a mobilisé plus d'un million"

Zéphirin Diabré, chef de file de l'opposition burkinabé, faisant un point levé lors d'une manifestation. Copyright de l’image
Image caption Zéphirin Diabré, chef de file de l'opposition burkinabé, faisant un point levé lors d'une manifestation.

Un des opposants au Président Blaise Compaoré, Me Bénéwendé Sankara du parti UNIR/MS, a déclaré à la BBC que plus d'un million de personnes se sont mobilisées mardi pour réitérer leur "non" au projet de révision de la constitution.

L'opposition, dirigée par son chef de file Zéphirin Diabré, a appelé à une opération "ville morte" pour pousser le gouvernement à renoncer à la modification de l'article 37 de la constitution.

La révision de cet article devrait permettre à Compaoré de briguer un nouveau mandat en novembre 2015.

Aux termes de la présente loi fondamentale du Burkina Faso, Compaoré, qui dirige le pays depuis 1987, n'est plus éligible à la magistrature suprême à l'échéance de son mandat en cours.

Le rassemblement de ce mardi fait suite à une marche de protestation des femmes, survenue lundi à Ouagadougou.

"En réalité, on ne pouvait pas marcher, puisque les artères étaient bondées de monde," a déclaré à BBC Afrique Me Bénéwendé Sankara.

"Le rassemblement est terminé mais la marche se poursuit autrement," dit-il, ajoutant que la police a "réprimé les militants de l'opposition."

Le correspondant de la BBC à Ouagadougou indique par ailleurs que le service des SMS est perturbé sur tous les réseaux de téléphonie mobile.

En rappel, le gouvernement burkinabé a approuvé en fin de semaine dernière un projet de loi désormais sur le bureau de l'Assemblée nationale, faisant ainsi un pas crucial vers la révision controversée.

L'Assemblée devrait examiner le projet de loi le 30 octobre.

Une approbation massive par les députés rendra même caduc le référendum constitutionnel, puisque la révision de l'article se fera directement dans ce cas.

La démarche de l'opposition consiste à accroitre au maximum la pression avant les débats à l'assemblée.

Ce mardi, l'opposition se réjouit d'avoir réussi sa mobilisation, même si la police donne un chiffre moins important.

Mais il faut noter que de nombreux témoins confortent la version des opposants.

"En tout cas, sans tomber dans la guerre des chiffres, jamais, de mémoire de burkinabé on a vu pareille mobilisation," déclare Bagnomo Modeste Nébié qui a suivi le déroulement de la matinée à Ouagadougou.

Un autre témoin, Karim Sankara, va dans le même sens :

"Depuis 1998, j'ai participé à toutes les grandes marches dans ce pays. Je n'ai pas encore vu le monde et l'ambiance d'aujourd'hui."

"D'habitude vous avez dans les rues des badauds, devant les commerces . Aujourd'hui, tous les services, publics, privés, les commerces sont restés portes closes."

"Pas seulement au centre, même dans la périphérie."

Les militants du CDP au pouvoir ont souvent organisé des contre-manifestations pour appeler à la tenue du référendum constitutionnel.

Le camp du "Oui" pourrait alors apporter sa réplique à la démonstration populaire de mardi.