Afghanistan : le pouvoir de la grenade

Un ramasseur de fruits près de la ville de Kandahar Copyright de l’image
Image caption Un ramasseur de fruits près de la ville de Kandahar

L'agriculture et les hydrocarbures pourraient-ils aider l'Afghanistan à devenir moins dépendante de l'aide étrangère ? Alors que des délégués se réunissent pour une Conférence sur l'Afghanistan à Londres, Daud Qarizadah et Harun Najafizada se sont renseignés sur les perspectives que peuvent offrir ces deux secteurs clés de l'économie.

Le temps des récoltes touche à sa fin dans les vergers de Kandahar, une province désormais plus associée aux Talibans, qu’á ses célèbres grenades.

Au milieu des cris de « Ya Allah, Ya Allah », les ramasseurs de fruits vont attention à ne pas abimer la récolte tout en haut des arbres, alors que d’autres se chargent de les attraper en bas.

Il fait environ 20 degrés Celsius, le temps est encore doux et idéal pour laisser le fruit se gorger de sucre.

Emballés dans des cartons ou des sacs, les fruits sont acheminés vers les marchés et les entrepôts à travers le pays, au Pakistan et au Moyen-Orient.

Mais pour que l’Afghanistan puisse tirer profit de ce type de récolte, elle se doit de viser les marchés européens, plus rentables.

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Image caption La grenade afghane est parmi les meilleures au monde selon les experts.

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Image caption La culture de la grenade est vue comme une bonne alternative au commerce illégal de l’opium.

Dans une usine du sud de l'Angleterre, les cartons de jus de grenade déroulent sur le tapis de production.

L'entreprise de jus 'Pomegreat' achète du concentré de grenade de qualité partout dans le monde et s’intéresse désormais au marché afghan.

"Les grenades d'Afghanistan sont parmi les meilleures au monde», assure son patron Adam Pritchard. Mais les défis logistiques [en Afghanistan] sont également parmi les plus difficiles."

Lors de la conférence sur l'Afghanistan à Londres, M. Pritchard compte signer un contrat de plusieurs millions de livres avec la société Omaid Bahar Fruit Processing Company, basée à Kaboul pour l’achat de 1000 tonnes de concentré de grenade.

Cette collaboration pourrait s’avérer être un modèle pour l'agriculture afghane dans les années à venir si tout se passe comme prévu.

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Image caption Adam Pritchard, Directeur général de la société 'Pomegreat' qui cherche à collaborer avec des fournisseurs afghans.

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Image caption Le jus de grenade a rapidement gagné des parts de marché au Royaume-Uni au cours des dernières années.

Beaucoup de défis

Dans un bureau du centre de Kaboul, l’ampleur du défi qu’attend M. Pritchard et ses partenaires afghans est claire.

Najlla Habibyar dirige l'Agence de promotion des exportations de l'Afghanistan.

Elle a parfaitement conscience de combien il est difficile pour les agriculteurs afghans de vivre de la culture de la grenade, alors que le commerce illégal de l’opium est un pilier dans le pays.

Les grenades demandent du "travail, du temps et un bon marché" dit-elle à la BBC.

"Mais avec les graines de pavot, les agriculteurs savent qu'ils seront payés, même si leurs cultures seront éradiqués. C’est moins de tracas."

La production d'opium a augmenté de 17% cette année, alors les efforts pour la supprimer.

La production de grenade est également à la hausse. Mais tandis que les producteurs de pavot voient les acheteurs venir à eux, les cultivateurs sont confrontés à de nombreux obstacles pour voir leurs fruits arriver sur les étals des marchés.

"Les principaux défis sont d'avoir des installations adéquates pour le stockage à froid, la transformation et l'emballage", explique Najlla Habibyar. Et malheureusement, nous ne disposons pas d’organisme internationalement reconnu pour effectuer les dernières vérifications de qualité et certifier le produit."

Lorsque Pomegreat a envisagé l’achat de concentré de jus de Kaboul, ces complications ont montrées que le produit final était tout simplement trop cher.

Mais Adam Pritchard espère que les choses seront désormais différentes.

Nous essayons de travailler avec l'usine de fabrication pour les aider à développer un procédé qui permet à leur produit de devenir plus commercialement viable et à être plus compétitif sur le marché mondial," dit-il.

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Image caption Un soldat veille sur une usine de pétrole de Kashkari dans le nord de l'Afghanistan.

L’économie du pétrole

Dans le nord de l’Afghanistan, les investisseurs étrangers travaillent aussi avec des entreprises locales pour développer l’économie.

Lal est l’un des chauffeurs de camions citernes qui voyagent régulièrement confie que ses collègues n’ont pas le choix :

"Nous sommes payés seulement 200 dollars pour empreinter cette voie, dit-il. Quand nous sommes attaqués, c’est pour 200 dollars. Si nous sommes blessés, nous obtenons seulement 50 dollars de compensation."

Lal fait partie des quelques centaines de personnes qui bénéficient des possibilités d'emploi qu’offre l’exploration pétrolière.

Le consortium sino-afghan assure également la formation des ingénieurs et techniciens locaux dans le cadre de l'accord de production.

A part ça, l'économie locale ne profite pas de réels avantages en termes d'approvisionnement en pétrole et en énergie bon marché.

Même si c’est le cas, Rafiq Siddiqui, porte-parole du Ministère des Mines et du Pétrole affirme que le pétrole et le gaz ainsi que d'autres produits afghan ont de beaux jours devant eux :

"Avec les plans qu’a le gouvernement d'unité nationale ainsi qu’une bonne gestion, nous croyons que la voie de la stabilité économique de l'Afghanistan passera par les ressources naturelles. Et ce n’est pas loin."

Les experts conviennent que l'exploitation minière peut être le facteur de changement pour l'économie afghane dans le long terme.

Entretemps l'agriculture, le secteur qui emploie la plupart des Afghans, devra combler le fossé.

Adam Pritchard, de 'Pomegreat' pense que les produits de qualité supérieure, comme les grenades peuvent aider à répondre à ce besoin.

"Si l'Afghanistan veut se développer lui-même, il ne peut pas compter sur les subventions et la charité," ajoute-il.

"La pomme anglaise est synonyme de l'Angleterre. Nous le traitons et nous en extrayons du jus. Il n'y a pas de différence avec des grenades en Afghanistan, et je ne doute pas que ce sera une industrie décente pour le pays."