Congo : Sassoufit redoute le pire

Le président Sasou Nguesso a décidé d'avancer la date des élections de 3 mois. Copyright de l’image
Image caption Le président Sasou Nguesso a décidé d'avancer la date des élections de 3 mois.

Deux activistes congolais sont emprisonnés depuis une vingtaine de jours au Congo-Brazzaville.

Le collectif « Sassoufit » qui est contre un troisième mandat du président Denis Sassou Nguesso, se plaint d’une arrestation illégale.

Le coordonnateur de ce collectif, Andrea Ngombet, joint par Bruno Sanogo de BBC Afrique, évoque la situation politique dans le pays où les élections, à l’origine prévues mi 2016, ont été avancées au premier trimestre de l’année prochaine par le président Sassou.

Bruno Sanogo : Votre collectif lance un appel à la libération des deux activistes emprisonnés depuis une vingtaine de jours. Quels chefs d’inculpations sont retenus contre ces personnes ?

Andrea Ngombet: Malheureusement aucun car au Congo, on peut arrêter quelqu’un sans motif et ne le donner qu’au moment où on le présente devant un juge.

Ce qui est illégal mais c’est la pratique de la police congolaise. Donc ils sont emprisonnés sans motif depuis 26 jours.

BS: Et comment vous mobilisez-vous pour obtenir leurs libérations ?

AN: Nous travaillons essentiellement avec la RDPH [Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme] et les organismes des droits de l’homme qui sont implantés au Congo pour faire pression sur l’administration, et avec nos faibles moyens, nous essayons de fournir des fonds afin qu’ils puissent être représentés par un avocat.

BS: Revenons sur le processus électoral. Comment vous, la diaspora congolaise, vous suivez le déroulement de l’actualité politique dans votre pays ?

AN: On la suit avec beaucoup d’inquiétude parce que nous estimons que le pouvoir est dans une fuite en avant totalement irresponsable parce que, évidemment, rapprocher la date de l’élection va crisper encore plus la société qui était déjà un peu énervée par le coup bas du 25 octobre dernier.

Il faut savoir que Monsieur Sassou a été décrédibilisé de manière internationale.

Il est recroquevillé sur Brazzaville désormais. Et si on arrivait à prouver, au-delà des rumeurs et avec des preuves tangibles, la fraude massive qu’il organise depuis des années, je pense que cela va porter le coup de grâce à sa façon de diriger.

Ensuite, on pourra entrer dans des logiques insurrectionnelles légitimes. En tant que société civile, nous prévoyons de monter des comités pour contrôler les élections, et à la moindre fraude, réagir en conséquence

BS: Ne craignez-vous pas un scénario un peu à la burundaise. La contestation qui emmène des successions de violence ?

AN: Ce n’est pas une crainte, aujourd’hui c’est une prédiction quasiment.

Le Congo sera un Burundi bis, sinon un Burundi puissance 10 ou puissance 100.

Mais nous gardons en tête que la violence sera du côté du pouvoir.

Nous nous agissons dans le cadre du droit internationale, du droit légitime du peuple face à une tyrannie.