Gabon : trafic de bois à grande échelle

D'importantes quantités d'espèces forestières protégées sont coupées et vendues clandestinement sur le marché asiatique notamment, selon Brainforest, une organisation non gouvernementale représentée au Gabon.

Elle affirme que des cadres de l'administration gabonaise seraient impliqués dans ce trafic.

L’exploitation du bois est la deuxième ressource économique du Gabon.

Des espèces comme l’okoumé ou le "kevazingo" sont les bois préférés des exploitants forestiers, qui les exportent vers l’Asie, la France et d’autres pays d’Europe et d’Afrique.

Pour inciter les entreprises de ces pays à s’installer au Gabon, le président gabonais, Ali Bongo, avait interdit en 2009 l’exportation des grumes.

"Depuis que la mesure interdisant l’exportation des grumes a été prise, le chiffre d’affaires de l’industrie du bois a triplé en passant de 38 milliards de francs CFA en 2009 à 114 milliards en 2014", affirme le chef de l’Etat gabonais.

Les montants avancés par le président gabonais sont importants. Mais d’énormes sommes d’argent échappent à la fiscalité gabonaise, à cause de la corruption surtout.

Le trafic est surtout alimenté par le "kevazingo", une espèce de bois rare. Rouge, noir ou marron, ce bois réputé très solide, appelé aussi "bubinga", est surtout prisé par le Japon et la Chine.

C’est l’un des bois les chers au Gabon. Le mètre cube de "kevazingo", peut coûter un à deux millions de francs CFA, à Libreville, la capitale du pays.

Le gouvernement tente de réglementer l’exploitation de ce bois. Mais certains villageois, de connivence avec des exploitants forestiers venus d’Asie et du Liban, entretiennent des réseaux de trafiquants.

"Les hautes autorités du pays sont (…) des exploitants forestiers. Ce sont elles qui utilisent les entreprises venues exploiter le bois. Il y a eu des arrestations au Gabon pour exploitation illégale de ‘kevazingo’ (…) Toutes les personnes arrêtées ont été libérées sans avoir à rendre compte", se désole Marc Ona Essangui, le responsable au Gabon de l’ONG Brainforest, spécialisée dans la gestion des ressources forestières.

Dans le sud de Libreville habite un vieil homme, qui regrette de voir des grumes acheminés de la forêt vers la ville, "sans que cela ne génère des retombées".

Il décide de ne plus toucher à "l’argent envoyé aux notables des quartiers de Libreville" par des dirigeants de sociétés d’exploitation forestière.

"Il ne faut pas accepter qu’on nous prenne notre bois gratuitement. Les 700.000 francs CFA envoyés à chaque village par les exploitants, c’est rien. Même cinq millions, c’est rien !" soutient-il.

Selon l’ONG Conservation-Justice, présente au Gabon, 700 personnes au moins sont placées en détention dans les prisons du pays pour trafic illégal de bois.

Les pertes causées par ce trafic sont estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA, selon les autorités gabonaises.