Foot, études ou travail, le dilemme d'une jeune footballeuse gambienne

  • Momodou Bah
  • Journaliste football, Gambie
Ajara Samba

Crédit photo, Ajara Samba

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Ajara Samba jouant pour son club, les Red Scorpions.

Ajara Samba dit qu'elle combine études universitaires, travail et football de haut niveau en Gambie pour se donner le plus d'options possibles à l'avenir.

Cette jeune femme de 22 ans à la voix douce joue pour les Red Scorpions, géants de première division de la ligue féminine gambienne, et étudie l'économie à l'université de Gambie.

Elle s'est déjà fixé comme objectif de devenir cadre dans les instances sportives à l'avenir.

"C'est pourquoi je jongle entre les livres et le football, afin que, lorsque ma carrière de footballeuse prendra fin, les connaissances sportives puissent me servir", déclare Samba à BBC Africa Sport.

"Mon but, quand je serai diplômée, est de suivre quelques cours dans le domaine du sport comme le management sportif et la gouvernance du sport, parce que je veux rester dans le monde sportif après ma carrière dans le football".

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"Si tout va bien, je peux surmonter les obstacles du football féminin"; dit-elle.

"Nous avons (très) peu de (leaders) dans le domaine du football féminin qui peuvent se lever et décider quelles talents vont éclore, c'est donc mon objectif."

Football ou éducation

Crédit photo, Ajara Samba

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Ajara et sa soeur Rohey Samba (à gauche) jouent toutes deux pour les Red Scorpions et sont toutes deux à l'université.

Samba a commencé à jouer au football à l'âge de sept ans avec ses frères, mais elle a dû faire face à une certaine opposition de la part de sa mère. Heureusement, son père et son frère l'ont soutenue dans la poursuite de ses ambitions footballistiques.

"Ce n'était pas facile pour moi quand j'étais plus jeune car j'étais inspirée par mon frère. Je le suivais toujours quand il partait à l'entraînement", se souvient-elle.

"Je n'étais pas soutenue par ma mère ; c'était très difficile pour elle de comprendre le football, surtout quand sa fille y jouait, mais mon père me soutenait".

"Elle disait que cela la dérangeait que je veuille jouer au football et étudier. Il lui a fallu un certain temps pour comprendre que les femmes jouaient aussi au football".

"Même lorsque j'ai été sélectionné pour faire partie de l'équipe nationale en 2012, c'était encore difficile pour elle de comprendre, car je devais passer mes examens mais j'ai réussi à la convaincre avec l'aide de mes frères et sœurs."

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Elle a représenté la Gambie au niveau international, mais sa passion pour l'éducation a également limité ses chances.

"Quand les calendrier de compétition entre en conflit avec les dates d'examens, s'il s'agit des partiels, ils écrivent normalement à l'université pour me permettre de rejoindre l'équipe, et quand je suis de retour, je passe mes examens", explique-t-elle.

"Mais si c'est les examens de fin d'année, je laisse tomber le football et je me concentre sur mes examens".

"J'étais censée faire partie de l'équipe pour le tournoi féminin de la zone A de Wafu en Sierra Leone en mars, mais malheureusement je passais mes examens de fin du deuxième semestre, alors j'ai expliqué à l'entraîneur principal que je ne pourrais pas faire partie de l'équipe."

"C'était une décision très difficile à prendre mais j'ai aussi réalisé qu'à un certain âge, la seule chose sur laquelle on peut compter est l'éducation, c'est pourquoi je conseille toujours à mes co-équipières de ne pas dépendre uniquement du football car cela ne durera pas éternellement".

Ce n'est pas la première fois que ses études font obstacle à sa carrière dans le football. Elle a manqué la Coupe du monde féminine des moins de 17 ans de 2012 parce qu'elle était souvent en retard à l'entraînement, car elle était plus concentrée sur l'école et les examens.

Financement

Crédit photo, Momodou Bah

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Ajara Samba pose avec un groupe de filles dans le cadre de son rôle d'ambassadrice du projet "Live Your Goals" (Photo : Momodou Bah).

Comme Ajara ne bénéficie pas d'une bourse du gouvernement pour étudier et qu'elle ne gagne pas beaucoup d'argent en jouant au football, elle doit également travailler pour payer ses frais de scolarité et s'acheter des choses comme des godasses.

"Ce n'est pas si facile de financer à la fois mes études et mes besoins liés au football", déclare-t-elle.

"Ma famille a payé mes études jusqu'au niveau supérieur, mais j'ai commencé à travailler et à gagner un peu d'argent".

"J'ai commencé à m'auto-financer grâce à mon salaire mensuel et auquel ma famille ajoute un petit complément pour couvrir les frais de scolarité.

"Je dois également utiliser mes revenus pour financer mon transport et me procurer des kits d'équipement différents de ceux fournis par mon club".

"En plus de cela, je reçois le soutien de mes frères et soeurs ou de la famille qui aiment que je joue au football et qui croient en mon talent".

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Elle admet que faire carrière dans le football en Gambie n'est pas vraiment une option envisageable pour elle.

"Dans les pays où le football féminin est développé, les joueuses n'ont pas besoin de travailler à côté mais en Gambie, on joue mais on ne vit pas du football", explique-t-elle.

"Je ne peux pas me contenter de dépendre du football sans salaire ou sans primes. Du coup, je ne néglige ni mon éducation ni mon travail. Cela me permettra de ne pas dépendre des autres pour toujours".

Ajara a également le temps d'être l'une des cinq ambassadrices de "LIVE YOUR GOALS", une campagne de la Fifa qui aide les associations membres à sensibiliser et à développer le football féminin.

"Si le football féminin se développait en Gambie avant la fin de ma carrière et que je pouvais gagner plus que mon salaire, je pourrais me concentrer uniquement sur ce sport", affirme-t-elle.